DANS LES PAS DES MEROVINGIENS

Publié le par mairie d'Echenoz la Méline

 

La nécropole mise à jour en juin 2008 à Echenoz-la-Méline
se fait l’écho d’une civilisation étonnante,
où le handicap était reconnu et respecté.

Petit historique

 

 

C’est dès 1879, au milieu des vignes, sur le versant Est de la Méline, que sont découvertes les premières tombes. La construction du « petit Tacot », voie de chemin de fer aujourd’hui disparue,  révèle d’autres vestiges, notamment le long de l’actuelle rue des Rocailles : mobilier funéraire, poignard et scramasaxe déposés au musée Garret de Vesoul. En 1981, le terrassement sur la parcelle voisine, appartenant au regretté Vincent Agrelli, détruit d’autres sépultures, mais les quelques parties de mobilier mis à jour sont conservées et visibles à la mairie mélinoise.

 

La création de deux parcelles à bâtir le long de la RN 57, au printemps 2008, implique un diagnostic archéologique, mesure préventive justifiée par le tracé de l’ancienne voie romaine toute proche et un environnement soupçonné riche mais encore mal cerné. Cette gestion du patrimoine enfoui est assurée par le Service Régional de l’Archéologie de Franche-Comté, en amont des opérations d’urbanismes, afin d’étudier au mieux le respect de ses « archives du sol », irremplaçables et fragiles, et l’impact des projets. L’intervention de l’I.N.R.A.P. (*) le 10 juin 2008,  par des sondages dans le cadre d’une demande de certificat d’urbanisme sur un terrain sis avenue Pasteur, sera déterminante : les fouilles de David Billoin, responsable de l’étude, et de son équipe vont effectivement confirmer la présence d’une très importante nécropole mérovingienne en mettant à jour trente sépultures extrêmement bien conservées, dont cinq seront destinées à une étude minutieuse et approfondie en laboratoire.

 

(*) I.N.R.A.P. : Institut Nationale de Recherches Archéologiques Préventives

 

Un an après sa découverte, le 10 juin 2008, par les archéologues de l’I.N.R.A.P. David Billoin et Stéphane Dubois, la nécropole mérovingienne d’Echenoz-la-Méline commence à livrer ses secrets. On sait désormais qu’un minimum d’une centaine de tombes, vraisemblablement plus, organisées en rangées, se situent sur le coteau mélinois à une profondeur de 0.50 à 0.95 mètre. Les défunts étaient inhumés dans des coffrages de bois rectangulaires, calés par des blocs de calcaire ou de grandes dalles assurant également le couvercle. L’une des sépultures est, elle, entièrement constituée d’un coffre en pierre. Des architectures funéraires caractéristiques du domaine romano-burgonde en usage au 6ème et 7ème siècle de notre ère. Les différents accessoires, bijoux pour les femmes et armes pour les hommes, découverts dans les sépultures permettent, d’après leur forme et leur décor, de dater plus précisément les tombes mélinoises dans la première moitié et la fin du 7ème siècle.

 

Découverte majeure d’un corps handicapé

 

L’excellent état de conservation de squelettes, attestant d’inhumations sur le dos, têtes face à l’Est et membres allongés, a permis d’engager une étude anthropologique de qualité, réalisée par Laurent Tatu et Nicolas Hubert, du laboratoire d’anatomie de l’Université de Franche-Comté. Outre la stature, le sexe et l’âge probable du décès, les scientifiques ont pu déterminer les différentes pathologies et l’état sanitaire de ces probables ancêtres.

 

Et là se situe une découverte d’intérêt majeur : l’examen du squelette d’un homme âgé d’une quarantaine d’années, attestant que l’individu souffrait d’un pied bot, formation congénitale de naissance au pied gauche. Cet homme souffrait donc de troubles de la marche, un boitement visiblement compensé par un mécanisme destiné à minimiser son handicap.

 

Par ailleurs, la présence près du corps d’un scramasaxe, peu fréquente dans le premier tiers du 7ème siècle où le situe sa panoplie funéraire, notamment dans un secteur géographique peu stratégique, revêt dès lors une signification sociale favorisée, faisant fi du handicap.

 

En direct avec le haut Moyen-Age

 

Exemple rare et révélation précieuse présentés au colloque scientifique de Paris Bercy à la fin de cette année, dévolu au thème du handicap et de l’archéologie et doublé d’un ouvrage très documenté de David Billoin, à paraître simultanément en sortie nationale. La découverte mélinoise y jouera un rôle essentiel.

 

Car d’après l’auteur, « la nécropole mérovingienne d’Echenoz-la-Méline n’a pas fini de faire parler d’elle, ni de livrer ses secrets ». D’autres vestiges sont à même d’apparaître lors de futures opérations dans ce secteur où le sous-sol est riche d’enseignements essentiels sur la société mérovingienne. : « Planter un arbre suffit, merci de prévenir les archéologues ! » Conclusion certes humoristique mais à envisager avec sérieux…


 

 Première arrivée au musée Garret de Vesoul à l’automne

 

Une plaque boucle, garniture de ceinture, présente un fort beau décor de damasquinure d’argent avec motif de tresses et d’entrelacs animalier, délimité de frises géométriques. L’objet, actuellement en restauration au centre INRAP de Bordeaux, sera déposé au musée Garret de Vesoul à partir de cet automne. D’autres dépôts funéraires se composent de couteaux, ferrets, bijoux. Souhaitons que cette collection fasse l’objet d’une exposition.

 

Publié dans Archives

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