La recherche archéologique en Haute-Saône (4)

Publié le par mairie d'Echenoz la Méline

Description du camp de Cita, Échenoz-la-Méline (1782)

Ce texte tiré de l'important Fonds Dunand (22, r 147-148), conservé à la Bibliothèque Municipale de Besançon, n'est pas signé. n semble qu'on puisse l'attribuer au Père J-M Dunand lui-même (1719-1790).
Cita, montagne près de Vesoul, sur le territoire d'Échenoz-Ia-Méline et de Navenne; description d'un camp qui est sur son sommet.

"La Cita, montagne dans le bailliage, est à demie lieue de la ville de Vesoul, la plus grande partie dans le territoire d'Eschenoz la Méline et la partie septentrionale dans celuy de Navenne.
J'y montai le Il octobre 1782, après en avoir parcouru le plateau où je ne trouvai
que des meurgey, murjé, mur jetté, renversé, formés des pierres qu'on a ramassées en tas, pour faciliter le labourage. Je m'avancay vers la pointe qui est au nord. Comme j'en approchois, je rencontrai d'abord un murjé alligné ou formant la ligne de largeur au midi. Je la mesurai et j'y trouvai 410 pas de longueur. Je mesurai ensuite la ligne regardant au nord ou de l'est au nord et faisant face à Navenne, et elle se trouve avoir 400 de mes pas, comme la partie la plus au nord est presqu'arrondie, elle a 450 pas et celle qui est à l'ouest en a 412. Il me parut alors que la Motte de Vesoul devoit avoir quelques toises de plus d'élévation que la montagne de Cité.
Je mesurai ensuite la largeur de cette espèce de mur et je trouvai au midi et à l'ouest qu'il avoit 30 pas de largeur ou d'épaisseur, qui réduite au tiers parait supposer assés sensiblement que ce mur éboulé depuis des siècles, devoit avoir 10 pas d'épaisseur, ce qu'il y a d'évident, c'est que tout le plateau a été exactement environné d'un mur sec, sans taille, sans mortier, sans ciment, sans gyps, sans aucune sorte de liaison.

Tout ce qui précède la partie au midi est plaine et cette ligne où le mur qui y étoit, paroît avoir été précédé d'un large fossé, ainsi que celle de l'ouest qui joignant un terrain assés plat, un mur d'une largeur égale à celle du midi, je veux dire de 10 à 12 pieds. L'enceinte à la partie du nord et à celle de devant, a une épaisseur moins forte d'un tiers, surtout dans les endroits rapides et escarpés, comme dans le milieu au centre.
Au nord où le rocher forme un escarpement, on a lieu de croire que quoique la pierre fut sur place, on n'a pas fait ce mur pour pouvoir labourer ce plateau, qui l'est en effet sur la plus grande partie. Il est facile d'appercevoir que les murgés de l'intérieur du plateau sont plus récents de beaucoup et à peine leur donneroit-on deux siècles.
Il seroit facile sans doute, en perçant dans quatre endroits différents, de reconnoitre l'épaisseur de ce mur, son allignement et peut¬être même son parement dans plusieurs endroits. Je pense bien qu'on y trouveroit point de fondement, soit par rapport à la présence d'un roc, soit à la largeur que ce mur devoit avoir, soit à la façon de bàtir des Gaulois, ou soit qu'à vu des pierres engagées dans des poutres de bois formant le chassis, ils élevoient ainsi leurs murs de deffenses, ainsi que nous l'apprend César dans ses Commentaires des Gaules. Cet auteur donne beaucoup de places fortes aux Gaulois et qu'il appelle en latin oppida. C'était là où les peuples metoient en sureté leurs femmes, leurs enfans, leurs vieillards, quelques meubles et du bétail; pour, les hommes tenoient la campagne pendant les incursions des peuples qui venoient chaque année du nord, on peut présumer par César même, liv. 2, que les Gaulois entre eux regardoient ces lieux comme des asyles et qu'ils s'êtoient mutuellement défendus de les assiéger; ces lieux n'étoient donc destinés qu'à la foiblesse et ils n'ont dû être fortifiés que pour les garantir des barbares.


Fig. 9. Camp de Cita, à Échenoz-la-Méline. Fonds Dunand, Bibliothèque municipale de Besançon.


Ce plan très sommaire porte quelques indi¬cations manuscrites.


Au centre du camp : "Ce plateau est labouré ; on y voit cependant des buissons et ce qu'on appelle murgés - mur-gé -murus facens - mur renversé".


À l'extrémité nord: "Lieu où le mur s'interrompt parce que le roc est escarpé".


À l'extrémité sud: "Fossé présumé. Terres arables".
Tous les versants sont boisés, sauf celui d'Échenoz-la-Méline, où est noté : "Terres labourables" .


On ne peut croire que le mur de Cité ait jamais été un ouvrage romain. Ils auroient construit beaucoup plus solidement. Ils auroient employé la taille et leur fameux ciment. On y trouveroit des tuileaux, en un mot quelques caractères de leurs constructions.

Cette montagne a donc dû servir aux Gaulois et présente par là même un monument plus ancien et d'autant plus respectable que nous croions que depuis longtems il ne nous restoit pas le plus léger vestige de nos aieux.

Celuy de Cité est le second, il a une parfaite ressemblance avec celui du Montguérin, dans le bailliage et à deux lieues et demi au nord de la ville de Dole. On y voit une enceinte égale, un fossé sensible dans un endroit moins rapide. Cette montagne d'une forme assés semblable à celle de la citadelle de Besançon a 55 toises de roy d'élévation. "Croire que Cité a êté une ville du canton des Portisicus, ce seroit de la part d'un historien une complaisance que la connaissance de l'antiquité ne pourroit pas luy passer.

Le mot de Cité que la tradition nous a transmis nous vient sans doute des Romains. Ils s'en servoient pour exprimer tout un canton, et il n'a pu être appliqué par ces peuples à la montagne dont nous parlons que parce que il devoit être le lieu où ils scavoient que les Gaulois avaient la coutume de retirer les femmes, les enfans, les vieillards de tout le canton. C'était, comme l'on sait, que sur des hauteurs et dans des lieux montagneux que les Gaulois construisaient de pareils asyles." 

 

André Thévenin Haute-Saône SALSA N° 74

Publié dans Archives

Commenter cet article