La recherche archéologique en Haute-Saône (3)

Publié le par mairie d'Echenoz la Méline

de Jean-Baptiste Maréchal, d'Amance,
sur la Baume d'Échenoz-la-Méline (1750)

Ce texte est connu par deux copies manuscrites du XVIIIe S., présentant quelques variantes l'une est conservée à la Bibliothèque municipale de Besançon (Fonds d - 21,.r 78-80), l'autre dans une collection particulière. Le texte qui suit vient de la deuxième version.

Description de la Baume d'Échenoz-lès-Vesoul, faite en 1750 par feu Jean-Baptiste Mareschal prêtre récollet, accompagné de plusieurs personnes.


"Cette baume ou caverne qui a environ six cents pieds [180 mètres environ] de longueur comme on peut le voir par l'échelle cy dessus tracée, est un souterrain dans le pur roc que l'auteur de la nature a formé dans la création de l'univers. Ce souterrain est élevé au-dessus du rez de chaussée d'Échenoz d'environ deux cents pieds (45 mètres environ]. Son entrée est au-dessus d'une belle côte de vignes qui tournée vers l'orient.

Auparavant que d'entrer dans cette grotte, on trouve une espèce de salle qui a 40 pieds de long sur 24 de large; le roc luy sert de voûte; on trouve à l''extrémité de cette salle, une ouverture qui a trois pieds de large sur deux hauteur seulement, de façon qu'il faut ramper, la passer et pour entrer dans cette grande caverne qui ne reçoit d'autre lumière que celle que cette petite ouverture lui donne, c'est pourquoy on est obligez de se munir de chandelles et flambeaux pour voir les bautez de cette fameuse grotte.

C'est là que l'on voit des eaux pétrifiez de toutes sortes de façon qui se sont formées par la chute des gouttes d'eau qui tombant insensiblement dans le même endroit depuis environ 5000 ans, se sont endurcies et ont acquises la duretée de la pierre par une continuelle congélation. On voit dans ces pétrifications de la couleur et de la blancheur de l'alun de roche et des morceaux de plus d'un pied de diamètre et de la figure d'une cloche. Quantité de petits tuyaux pétrifiez de la longueur de 5-5 à 8 pouces ornent dans beaucoup d'endroits les voutes, ces tuyaux sont percez en longueur à jour, ils sont d'une grande blancheur, leur grosseur ne [dé]passe guère quatre lignes de diamètre; ils sont luisants et lorsqu'on les casse, ils sont dans leurs fractures d'un poly admirable, il égale celui du cristal de roche que les lapidaires n'ont jamais attrapez. Quand on jette au feu de ces tuyaux, ils pétillent aussitôt et se mettent en pièces. Toutes les différentes pétrifications n'ont pas plus de dureté que l'albàtre.

Fig. 8. Plan de la grotte de la Baume à Echenoz la Méline dressé en 1750
par le récollet Jean-Baptiste Maréchal (document collection particulière)


0n voit dans plusieurs endroits de l'intérieur de cette grotte une chaîne de petits rochers attachés aux rocs de la hauteur de 8 à 9 pieds et la plupart de ces petits rochers sont couverts d'une pétrification continue de couleur roussatre et qui imite des espèces de dantelles et de broderies et qui représentent dans d'autres endroits comme des paux qu'on auroit coupées par bandes. Ces différentes couleurs dans ces pétrifications proviennent des différentes terres dont les eaux se chargent en les pénétrant.

La voute de cette grotte est admirable, elle est presque partout en anse de panier surbaissée et qui est dans plusieurs endroits très unie. On diroit en voyant les pétrifications blanches qui remplissent les joints des rocs qui la ,composent que c'est un coulys de chaux blanche dont les ouvriers se sont servis pour la cimenter; cette voute ne [dé]passe pas, dans les endroits les plus élevez, les 20 ou 25 pieds.

La largeur de ce souterrain généralement parlant peut être de 30,35 à 40 pieds, mais sa longueur comme il en a été déjà dit, a au moins 600 pieds. Le plain pied de cette caverne est assez uni dans plusieurs endroits, et si l'on vouloit débarasser les pierres des autres endroits, ce qui seroit très facile, on la rendroit très praticable.

Cette grotte est assé sèche malgrez les gouttes d'eau qui tombent de teins en tems et l'air qu'on y respire est très sain. On y voit une piramide creuse qui représente le dedans d'un clocher, et on luy a donné le nom de clocher, il peut avoir une quinzaine de pieds de diamètre dans sa base sur 40 de hauteur, et il faut ramper, comme dans la première ouverture, pour y entrer. Il s'y trouve au dessus de la grotte un grand bois, dont la terre recevant les eaux du ciel, les communique aux insensibles fentes du rocher, ce qui produit les pétrifications dont on a parlés.
Quant on est parvenu en 0, il faut descendre en P de six pieds de roy et la descente n'est pas commode. On voit en Q une espèce de colonne de deux pieds de diamètre qui parte de fond et qui s'élève jusqu'à la voute. La grotte n'est gardée que par des chauves souris que l'on voit attachez aux voutes; nulle autre bête et insecte n'y paroissent, ainsi on peut y aller en toute sureté, sans rien appréhender des bêtes venimeuses." (Suit ensuite la relation de la prise de Vesoul en 1595 et l'utilisation de la grotte comme refuge).


A signaler une petite variante, dans la première version, pour la dernière phrase: "Nulle autre bête ou insecte n'y paroissent; l'Hôte de Trophonius [certainement le diable n'y préside pas; aussi on peut y aller en toute sécurité sans rien appré¬:::e der des Bêtes venimeuses et du Diable."
"L'Antre de Trophonius : c'étoit un antre où un diable présidoit et qui baroit rudement ceux qui alloient le consulter et dans l'ancien proverbe, on disoit qu'une personne sortait de l'Antre de Trophonius quand on la voyoit triste, abattue et de mauvaise humeur."


André Thévenin Haute-Saône SALSA N° 74

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