Les maisons aux XVIème et XVIIème siècle (2)

Publié le par mairie d'Echenoz la Méline

Un article de André Thevenin paru dans la revue trimestrielle Haute-Saône SALSA n° 72

Les listes et la clientèle des fours banaux

Échenoz-la-Méline disposait avant la Révolution de trois fours banaux, le four d'En Haut ou du Voisinay Dessus, le four du Milieu et le four d'En Bas ou de Velotte (fig. 3).

L'utilisation du plan cadastral napoléonien sera fort utile, d'autant que les fours y figurent encore.

Étant donné la structure allongée rectangulaire du village, la clientèle des fours pouvait être très facilement délimitée en trois tronçons bien distincts.

On a au moins une indication pour la clientèle du four d'En Haut (5 mars 1685 ; ADHS 2E 18027) : Tout le Voisinay d'En Haut, manants et résidents, à partir de la maison Jacques Jacquinot incluse, étaient tenus de faire cuire leurs pains et pâtes à ce four, sans aucune exception et en respectant les conventions.

On retrouve le nom de Jacques Jacquinot dans la colonne E pour 1657, dernière maison de la clientèle du four d'En Haut. Comment replacer cette maison sur le plan cadastral napoléonien ?

Toujours dans la colonne E, le nom de Jacques Jacquinot est suivi du nom de Claude Thevenin dit de Velle. Or, on a une indication d'emplacement de sa maison, par le biais de celle de sa fille Élisabeth Thevenin. En fait, en 1681 (ADHS H 1039) , les Ursulines de Vesoul vendent "une maison, au milieu du village, entre une petite ruelle séparant la maison d'Élisabeth Thevenin, femme d'honorable Jean Huot dudit Eschenoz, d'une part, et de l'autre par la rue commune montant au Voisinay des Jeanneney, d'aultre par devant la grande rue publique ... ".

Sur le plan cadastral napoléonien, on retrouve très facilement et la petite ruelle et la rue commune montant au Voisinay des Jeanneney, qui ne peut être confondue avec la rue Saint-Hubert déjà attestée à cette époque. De là, on peut situer approximativement les maisons de Jacques Jacquinot et de Claude Thevenin dit de Velle.

L'absence de constructions sur une grande longueur du chemin du Veau, ainsi que le long de la Méline à l'exception de deux moulins, permet avec une grande facilité de bien délimiter la clientèle captive du four banal d'En Haut, soit une trentaine de noms de la colonne E pour 1657 (fig. 3). Pour celle des fours du Milieu et d'en Bas, on ne peut faire que des suggestions.

 

Les listes et une identification ponctuelle


Jusqu'à présent, on s'était contenté d'une localisation approximative, mais néan¬moins très précieuse sur l'habitat de nos ancêtres. Une identification ponctuelle reste cependant possible à deux conditions, avoir un repère solide par rapport au cadastre napoléonien et surtout des textes donnant quelques indications utilisables (localisation par rapport à l'entourage habité, propriétaires, filiation, actes de justice, etc.).

Dans le cas qui suit, au point de départ, on a, entre autres, la figuration d'une maison et d'un clos tirée d'un arpentement réalisé à la demande d'un particulier pour délimiter avec des bornes, toutes ses propriétés situées à Échenoz-la-Méline. Ce travail a fait l'objet d'un mémoire intitulé "Arpentement d'un domaine situé à Échenoz-la-Méline, appartenant à Monsieur de Mesmay-Montaigu, fait en 7bre 1776". En prologue est donnée l'identité du propriétaire: messire Claude Antoine Eugène de Mesmay, baron de Montaigu, seigneur de Quincey, Villers-le-Sec, Mailley et autres lieux, conseiller honoraire au Parlement de Besançon, demeurant à Dole. C'est le père de Jean Antoine Marie de Mesmay, de l'affaire du 19 juillet 1789 au château de Quincey (Bibliothèque municipale de Besançon, manuscrit 1704). 

L'arpentement a été fait par Jean Claude Le Blond, géomètre arpenteur au bailliage et siège présidial de Vesoul, demeurant à Amance. On a ainsi sur 18 pages une 'longue suite de terrains, dessinés hors contexte proche sinon de la rivière (en bleu), cotés et coloriés en rose pour les terres, en vert pour les prés, avec figuré des arbres et localisations des bornes implantées. Une légende courte donne le lieu dit
et les confronts. On est là dans une approche de pré-cadastre, même si le propriétaire se limite à la reconnaissance de ses ter¬rains et à leur délimitation par des bornes.
La maison et le clos d'Échenoz¬la-Méline restent bien modestes par rapport à d'autres propriétés particulières, mais ils sont situés dans le centre du village et sont facilement repérables sur le plan cadastral napoléonien (fig. 3 et 4).
La maison contiguë, dénommée "Chez Maillard" ou "Chez fut François Fournier" était la pro¬priété de maître François Fournier dit Maillard et de Madeleine Mercière. Un décret a frappé leurs biens ; la maison a été achetée par Claude Faivre, postulant au siège de Vesoul.
Puis plus haut, face à la chapelle, se trouve la maison des Deroche. Auparavant, les Deroche se logaient dans la partie basse du village.

Sans entrer dans le détail, se suivent les opérations suivantes :

En 1652, Antoine et Claude Deroche, fils de fut Jean Deroche (il est décédé avant 1637) font un échange avec Claude Faivre : la maison de "Chez Maillard" contre trois ouvriers de vigne en bonne nature, dix voitures de materat, deux poinsons et demi de vin rouge et une soulte de 150 francs (15 février 1652; ADHS 2E 18018).
En 1656, Antoine et Claude Deroche font le partage des maisons par tirage au sort: la maison de "Chez Mailliard" arrive à Antoine Deroche le Viel ; il doit payer une soulte de 600 francs à Claude Deroche, son frère, qui n'a que la "maison ancienne" des Deroche (ancienne par comparaison avec la nouvelle, celle de "Chez Maillard") (27 décembre 1656; ADHS 2E 18020).
Antoine Deroche le Viel, marié xl à Jeanne Thevenin, x2 à Simone Henry, x3 à Jeanne Massey, fait une donation entre vifs à ses deux fils: Pierre Antoine Deroche a la partie résidentielle de "Chez Maillard" et tout le corps de grangeage ; son frère Antoine Deroche le Jeune, le reste des grangeages de "Chez Maillard". Les parts sont inégales, mais au décès d'Antoine Deroche le Viel, ses deux filles recevront chacune 150 francs, soit 240 francs par leur frère Pierre Antoine Deroche et seulement 60 francs par leur autre frère Antoine Deroche (10 février 1681 ; ADD EMC 419:2).
Claude Deroche 1 décède ab intestat en 1689. C'est son fils Claude Deroche II, seul homme non religieux, qui a dû recevoir en héritage la "maison ancienne" des Deroche.
Le document de Mesmay a donc permis de régler le problème capital de la reconnaissance visuelle sur plans des propriétés des Deroche, mais les données écrites sont parfois confuses, faute de plans de détail. Sans les données du cadastre, les diverses opérations citées plus haut restaient très floues.
Historique de l'habitat des Thevenin aux XVIe et XVIIe siècles à Échenoz-Ia¬Méline (fig. 1 et 5)
Note: Pour les XVIe et XVIIe siècles, la généalogie des Thevenin d'Échenoz a été présentée récemment (Thévenin, 2006).


Colonne A pour 1535
Jehan Thevenin, né aux alentours de 1500, habite sur ou près du chemin du Veau, Les maisons des Richardot et des Hugard se trouvent à proximité immédiate.
Le lieu-dit "Derrière Chieux Jehan Thevenin", ce qui se traduit en principe par "Derrière la maison de Jehan Thevenin", connu par deux affaires (un verger d'une quarte et un demi-ouvrier de vigne), n'a pu être encore localisé; il devrait se
trouver dans le secteur du chemin du Veau.


Colonne B pour 1569
Jehan Thevenin et son fils Claude Thevenin restent dans leur maison du chemin du Veau. La famille s'est agrandie et Antoine Thevenin, autre fils de Jehan Thevenin, sort de la rue du Veau et va habiter au-dessus du village, peut-être rue de la Croix Maillot.
Les Richardot et les Hugard, quant à eux, restent dans leurs maisons du chemin du Veau.


Colonne C pour 1597
Les Richardot et les Hugard sont toujours chemin du Veau.
Jehan Thevenin est décédé bien avant 1556. Claude Thevenin n'assiste pas à plusieurs reprises aux réunions de communauté. Il est impossible de savoir si sa famille habite toujours rue du Veau.


Quant à Antoine Thevenin, il est toujours au-dessus du village, mais derrière le nom d'Antoine Thevenin, il faut comprendre tout un monde qui vit en communion :
lui et sa femme ;
deux fils, Pierre Thevenin dit Ferry, femme et enfants;
et Jacques Thevenin dit Ferry, femme et enfants.
Jeannette Thevenin, une autre fille, est mariée à Nicolas Gillot : ils ont rejoint le clan des Gillot, logés au milieu du village.
Figure dans la liste un Pierre Thevenin, sans surnom familial: ce pourrait être Pierre Thevenin, fils de Jehan Thevenin, et frère de messire Jean Thevenin, d'Antoine et de Claude Thevenin. Jean Fleurey, mari d'Isabelle Thevenin, est son gendre.
Quant à Anthoine Thevenin le Jeune, il n'a pas encore été identifié.


Colonne D pour 1606


Pas de changement pour les Richardot et les Hugard. Il en est de même pour les membres de la branche Thevenin dit Ferry.
Claude Thevenin a désor¬mais, lui aussi, déserté le che¬min du Veau, pour s'installer dans la Grande Rue, près de la ruelle tirant au Voisinay des Jeanneney.


Derrière le nom de Claude Thevenin, il faut aussi comprendre tout un monde vivant en communion:
lui et sa femme ;
deux fils, Pierre Thevenin le Viel, femme et enfants ; curieusement il ne figure pas dans la liste de cette montre d'armes;
et Claude Thevenin dit de Velle l, femme et enfants; il figure hors liste en tant qu'échevin;
et certainement quelques domestiques.
La branche des Thevenin dits de Velle habite désormais au milieu du village et normalement ils doivent aller cuire leurs pains au four du Milieu.


Colonne E pour 1657


Les membres de la branche Ferry (Toussaint Thevenin dit Ferry et Claude Thevenin dit Ferry, fils de Pierre Thevenin dit Ferry), et ceux de la branche de Velle (Claude Thevenin dit de Velle II) habitent toujours les mêmes maisons.

 

Le nom des Richardot ne figure plus dans les listes. La descendance mâle des Richardot disparaît avec Jean Richardot, marié à Simone Henry, et décédé avant 1657.

Tout en bas de la liste E de la figure 3, on trouve le nom de Jean Hugard. Avec toute sa famille, il avait migré à Vallerois-le-Bois, où il était resté 10 ans (Lassus, 1995, p. 137), pour revenir entre le 20 janvier 1657, date du recensement, et le 15 février, date d'un rôle d'impositions!

 

La guerre de Dix Ans est terminée depuis une douzaine d'années. La population se renouvelle.

Sur les trente familles contraintes à aller cuire au four banal d'En Haut, il y en a Il qui n'appartiennent pas à la communauté d'Échenoz (5 du bailliage d'Amont, de Vesoul et Andelarre, ainsi que 6 étrangers à la province) (Lassus, 1995, p. 29).

Entre la date du rôle d'impositions de 1657 le 15 février, et celle du recensement de 1657, réalisé le 20 janvier 1657. Il n'y a qu'un laps de temps de 25 jours seulement. Les listes sont pratiquement identiques, à une exception près cependant (en dehors du cas de Jean Hugard) : pour les impositions, n'a pas été oubliée une population mouvante d'indigents, de domestiques ou artisans ambulants, Jean Lullier demeurant au moulin Malbouhans, Marguerite demeurant audit moulin, Antoine demeurant chez Claude Thevenin, le tisserand demeurant chez ledit Doisot (pour alléger la liste de la colonne E, ils n'ont pas été pris en compte).

 

En utilisant les chiffres par feux donnés au recensement de 1657, on trouve une population de 119 personnes pour la clientèle du four d'En Haut (Lassus, 1995, p.28-29).

à suivre ...


 

 

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