La DRH de Charlie Hebdo à Echenoz

Publié le par mairie d'Echenoz-la-Méline

La DRH de Charlie Hebdo à Echenoz

Vesoul. Marika Bret était l’une des premières gérantes de Charlie Hebdo, lorsque le journal satirique reparut en 1992, après dix ans d’absence. Elle était aussi une amie de Charb. Après les attentats de janvier 2015, Marika Bret, qui avait pris d’autres chemins depuis quelques années, a décidé de revenir au sein d’une équipe « en vrac ». Elle est depuis directrice des ressources humaines, et responsable de l’événementiel.

Vous êtes revenue à Charlie Hebdo dès le 7 janvier, après l’attaque des frères Kouachi à la rédaction. Pourquoi ?

C’était une évidence, un besoin d’être auprès d’eux, de cette équipe que je connaissais très bien. Puis ils m’ont demandé de rester pour m’investir avec eux dans la reconstruction du journal.

Dix mois après les événements, comment va l’équipe ?

C’est une équipe qui a été fortement touchée. L’attentat a été un tsunami. Pendant une semaine, il y a eu ce marathon insupportable des cérémonies, puis s’est posée la question de ce que l’on allait faire du journal. Ça s’est décidé démocratiquement, certains ont dit « OK je repars », d’autres ont eu besoin d’un break, d’autres encore ont répondu qu’ils n’étaient pas sûrs de pouvoir continuer. Il y a eu aussi une pression médiatique insupportable les six premiers mois. Aujourd’hui, c’est une équipe qui est en train de se reconstruire.

Comment faites-vous pour gérer l’après janvier 2015, et les traumatismes que les événements ont pu engendrer, la peur aussi puis les tensions au sein de la rédaction ?

Il a fallu laisser du temps pour que chacun se reconstruise individuellement. Chacun a dû gérer son traumatisme. Il y a eu des réactions différentes au sein de l’équipe… Un certain nombre d’entre nous, et j’en fais partie, ont la rage. Moi, personnellement, c’est mon moteur absolu de travailler pour ce journal.

On s’est tous plongé dans le travail pour faire en sorte que le journal perdure malgré tout, avec toutes les difficultés liées aussi à la perte d’un grand nombre de dessinateurs (NDLR : Cabu, Charb, Wolinski, Tignous et Honoré ont été abattus le 7 janvier), avec lesquels est parti plus d’un tiers du journal en terme de contenu.

Le journal a changé de statut cet été, en devenant entreprise solidaire de presse par actions simplifiées. Pourquoi ?

Ce statut implique qu’au moins 70 % des bénéfices soient réinjectés dans le journal. Nous avons choisi d’adhérer à ce statut inédit (NDLR : créé en avril par la loi sur la modernisation de la presse) car c’était un combat mené par Charb, qui voulait faire en sorte que des journaux complètement indépendants puissent continuer de vivre.

On approche de l’« anniversaire » des attentats… Comment abordez-vous cela au sein de la rédaction ?

C’est quelque chose que nous redoutons. Nous craignons la course à l’initiative la plus redoutable. Nous avons déjà décidé entre nous que nous ne répondrions qu’aux sollicitations médiatiques qui ne parleraient que du fond. Le reste, ce sera sans nous. Nous ne raconterons plus cette journée.

Quels défis attendent Charlie Hebdo ?

Nous avons emménagé dans de nouveaux locaux. Ça n’a pas été facile de quitter le cocon de Libération, où nous étions plus que choyés. Il nous faut maintenant recruter de nouveaux dessinateurs. Ce n’est pas une mince affaire. Il n’y en a pas tant que ça, il faut une vraie culture de la presse et de la politique. Il y a la peur aussi de rejoindre la rédaction de Charlie Hebdo. L’autre défi, c’est d’apprendre à connaître notre nouveau lectorat. Depuis les événements de janvier, nous comptons quelque 200.000 abonnés et vendons 100.000 exemplaires en kiosque. Nous allons attendre l’anniversaire, voir l’évolution des chiffres, puis nous irons à la rencontre de ce nouveau lectorat.

Propos recueillis par Laurie MARSOT

Est Républicain du 18/10/2015

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